Une entreprise doit conserver chaque facture dix ans à compter de la clôture de l'exercice, et l'administration fiscale peut en exiger la présentation pendant six ans. La durée de conservation des factures ne change pas selon le support : document papier ou fichier électronique, le délai reste le même.
- 10 ans
- pour les factures clients et fournisseurs, pièces justificatives au sens de l'article L123-22 du Code de commerce.
- 6 ans
- pour le droit de communication et de vérification du fisc, prévu par l'article L102 B du Livre des procédures fiscales.
- Format d'origine
- une facture reçue en électronique se garde sous forme électronique, une facture papier peut être numérisée sous conditions.
Dix ans pour le Code de commerce, six ans pour le fisc
La durée de conservation des factures en entreprise repose sur deux textes qui ne poursuivent pas le même but. Le Code de commerce, à son article L123-22, range les factures clients et fournisseurs parmi les pièces justificatives comptables, au même titre que les bons de commande, de livraison ou de réception. Ces pièces se gardent 10 ans à partir de la clôture de l'exercice, comme les registres comptables (journal, grand livre, inventaire). Le site entreprendre.service-public.gouv.fr reprend cette règle dans sa fiche sur la conservation des documents d'une entreprise, vérifiée le 1er juillet 2024.
Le Livre des procédures fiscales fixe un second délai. L'article L102 B impose de garder pendant 6 ans les livres, registres, documents et pièces sur lesquels l'administration fiscale exerce son droit de communication, d'enquête et de vérification. Ce délai court à compter de la dernière écriture portée dans les registres, ou du jour d'établissement des pièces. Il couvre l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, les bénéfices au régime réel, la TVA et la cotisation foncière des entreprises. En cas d'activité occulte, les délais fiscaux passent à 10 ans.
En pratique, la règle la plus longue s'impose : une facture de 2026 se garde jusqu'à dix ans révolus suivant la clôture de l'exercice 2026. Le délai fiscal de six ans ne permet pas de détruire plus tôt, puisque l'obligation de conservation commerciale continue de courir. Cette règle générale vaut pour toute entreprise française, société ou entrepreneur individuel, et conditionne le choix d'une solution d'archivage des factures électroniques à valeur probante capable de tenir une décennie.
Quels documents conserver, et à compter de quelle date ?
Les documents à conserver par une entreprise ne se limitent pas aux factures, et chacun suit son propre point de départ. Le tableau compare les principaux délais publiés par le service public pour les professionnels, avec le texte qui les fonde.
| Document | Durée | Point de départ | Texte |
|---|---|---|---|
| Factures clients et fournisseurs, bons de commande et de livraison | 10 ans | Clôture de l'exercice | Code de commerce, L123-22 |
| Livre journal, grand livre, livre d'inventaire | 10 ans | Clôture de l'exercice | Code de commerce, L123-22 |
| Pièces fiscales (TVA, IS, IR, CFE) | 6 ans | Dernière opération ou date d'établissement | LPF, L102 B |
| Contrats et correspondance commerciale | 5 ans | Fin de la relation ou de l'opération | Code de commerce, L110-4 |
| Documents bancaires | 5 ans | Date de l'opération | Code de commerce |
| Double du bulletin de paie | 5 ans | Date de versement | Code du travail |
Un contrat de travail ou un bulletin de paie relève du droit social, pas de la comptabilité : ses délais se lisent à part. Pour une facture, la date à retenir est celle de la clôture de l'exercice, et non la date d'émission. Prenons un exemple : une facture fournisseur reçue le 15 mars 2026, dans une société qui clôture au 31 décembre, se garde jusqu'au 31 décembre 2036. Une facture rectifiée par un avoir se conserve avec cet avoir, puisque la note de crédit qui annule ou réduit une facture fait partie de la même opération.
Pourquoi garder ses factures si longtemps ?
Une facture conservée sert d'abord à servir de preuve. En cas de litige avec un client sur un prix, une quantité ou une date de livraison, ce document peut servir à établir les conditions de la vente, et le Code civil (articles 1353 et suivants) fait peser la charge de la preuve sur celui qui réclame l'exécution d'une obligation. Un fournisseur qui conteste un paiement se heurte de la même façon au double de la facture et au relevé bancaire.
La facture justifie ensuite les écritures comptables. Sans elle, une charge ne se justifie plus, et l'administration fiscale peut refuser la déduction de la dépense comme celle de la TVA facturée. Lors d'une vérification de comptabilité, les agents demandent les pièces des exercices non prescrits : une pièce manquante se traduit en rappel d'impôt, assorti d'intérêts et de majorations selon les cas.
Le risque de sanction suit la gravité du manquement. Une comptabilité incomplète peut conduire au rejet de la comptabilité et à une évaluation d'office des bases, et le défaut de présentation des pièces expose à une amende fiscale ou à une pénalité proportionnelle au montant des droits rappelés. La prescription limite cette exposition : passé le délai de reprise de l'administration, aucune déclaration ne peut plus être rectifiée, sauf activité occulte. En matière de transaction commerciale, la prescription de droit commun reste de cinq ans, d'où l'intérêt de garder la facture pendant toute la période où un client ou un fournisseur peut encore agir.
Enfin, les mentions de la facture portent des informations que rien d'autre ne garde : numéro unique, identité des parties, taux de TVA, date de l'opération. Les quatre mentions ajoutées par le décret du 7 octobre 2022 (numéro SIREN du client, adresse de livraison, nature des opérations, option pour la TVA sur les débits) s'ajoutent à cette liste, et une facture qui les porte se garde dans son état d'origine, sans retouche.
Factures papier et format électronique : les règles de conservation
Les règles de conservation dépendent du support d'origine de la facture. L'article L102 B du Livre des procédures fiscales impose de garder sous forme électronique, pendant six ans, une facture établie ou reçue sous ce format : une facture électronique imprimée ne remplace pas le fichier original. L'article 289 du CGI encadre de son côté la facture électronique, qui doit garantir l'authenticité de son origine, l'intégrité de son contenu et sa lisibilité, par une piste d'audit fiable, une signature électronique ou un format structuré.
Pour les factures papier, la loi autorise une copie numérique. Une entreprise peut numériser les factures reçues sur support papier, à condition de respecter les conditions de l'arrêté du 22 mars 2017 : copie fidèle à l'original, format PDF ou PDF/A, empreinte numérique ou signature électronique, horodatage. Le format papier peut alors être détruit au regard du fisc ; pour un litige commercial, une copie fiable a la même force probante que l'original selon l'article 1379 du Code civil.
La conservation numérique exige un vrai système de gestion des documents : stockage sécurisé, copies de sécurité sur deux sites distincts, accès tracé, et une procédure qui empêche de modifier un fichier après coup. Un logiciel d'archivage ou un coffre-fort numérique répond à ces exigences, pourvu que l'entreprise garde la main sur ses données si elle change de prestataire. La numérisation et le stockage en ligne n'allègent en rien la responsabilité du titulaire des pièces.
Ce que la facturation électronique obligatoire change pour l'archivage facture
La réforme de la facturation électronique ne modifie ni le délai de dix ans ni celui de six ans. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA en France doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et les ETI doivent en émettre ; les PME et les micro-entreprises suivent le 1er septembre 2027. Les factures transitent par une plateforme agréée, sous un format structuré (Factur-X, UBL ou CII).
La plateforme transmet les données de facturation à l'administration, mais l'obligation légale de conservation reste à la charge de l'entreprise émettrice et de l'entreprise destinataire. Deux points demandent de l'attention. D'abord, le contrat avec la plateforme doit prévoir la durée de stockage et la restitution des fichiers en cas de résiliation, faute de quoi des années d'archives peuvent devenir inaccessibles. Ensuite, la facture à garder est le fichier structuré reçu, pas sa visualisation : les règles fiscales visent le format d'origine. Les factures papier encore émises en 2026 et 2027 par les petites structures continuent de suivre l'ancienne logique, d'où une coexistence de deux flux à archiver pendant quelques exercices.
Combien de temps garder une facture quand on est un particulier ?
Un particulier n'a aucune obligation comptable, mais garder certaines factures le protège en cas de réclamation. La fiche de service-public.gouv.fr sur la conservation des papiers personnels, vérifiée le 13 octobre 2026, donne les durées conseillées suivantes.
| Facture | Durée conseillée | Repère utile |
|---|---|---|
| Factures d'électricité et factures de gaz | 5 ans | Le fournisseur dispose de 2 ans pour réclamer un paiement |
| Factures d'eau | 5 ans | Réclamation possible 4 ans par un service public, 2 ans par un fournisseur privé |
| Factures de téléphonie fixe, mobile et internet | 5 ans | Utile en cas de facturation contestée |
| Facture d'achat d'un appareil ou d'un meuble | 5 ans à compter de l'achat | Au minimum jusqu'à la fin de la garantie |
Le justificatif d'achat sert aussi pour la garantie légale de conformité, à faire valoir dans les deux ans suivant la délivrance du bien, et pour la garantie des vices cachés, à exercer dans les deux ans suivant la découverte du défaut. Les factures de travaux dans un logement se gardent bien plus longtemps, la garantie décennale courant dix ans à partir de la réception du chantier.
Organiser le classement pour retrouver une pièce en quelques minutes
Un classement des factures par exercice, puis par fournisseur ou par client, permet de retrouver une pièce dès la première demande de l'administration ou d'un tribunal. Les entreprises qui tiennent un registre de destruction notent la date à laquelle chaque lot sort du délai légal, ce qui évite de jeter trop tôt ou de garder des cartons sans fin. Les fichiers numériques gagnent à suivre un nommage stable (numéro, tiers, exercice) et à rester en lecture seule. Un PDF reçu par courriel ne se range pas avec un fichier structuré : la différence entre une facture électronique et un simple PDF décide du dossier où chaque pièce doit aller.
Un délai écoulé ne signifie pas toujours qu'une pièce peut disparaître : un litige en cours, une vérification ouverte ou un amortissement d'immobilisation encore en cours imposent de garder les factures concernées. Avant de détruire un lot d'archives d'une société, l'expert-comptable du dossier confirme qu'aucune procédure ni aucun bien amortissable ne justifie de prolonger la garde ; pour une question de preuve dans un conflit commercial, un avocat en droit des affaires tranche au cas par cas.





